Qu’est-ce que la Dysphagie?

 

 

La dysphagie est une gêne à la déglutition ou la mastication, ou encore la sensation de blocage des aliments, ressentie dans la bouche, la gorge ou le pharynx. On estime qu’environ 20% des personnes âgées de plus de 55 ans souffrent d’une forme modérée ou sévère de dysphagie. 

Une personne déglutit quotidiennement environ 1000 fois pour transporter nourriture, boissons ainsi que salive de la bouche à l’estomac. Une déglutition efficace permet donc à l’organisme de combler de manière suffisante ses besoins nutritionnels (solides et liquides). Ceci doit pouvoir s’effectuer sans mettre en danger les voies respiratoires (trachée, poumons).

Les quatre phases de la déglutition

phase préparatoire orale
phase préparatoire orale

Dans la première phase, la phase préparatoire orale, la nourriture est amenée dans la bouche, si nécessaire mastiquée, mélangée avec de la salive et façonnée en bol alimentaire (portion prête à être avalée, colorée en bleu dans la présentation). La phase préparatoire orale est dirigée d’une manière volontaire, c’est à dire que nous pouvons garder le bol alimentaire dans la bouche ou le mastiquer aussi longtemps que désiré. 


phase de transport orale
phase de transport orale

Durant la deuxième phase, dite phase orale, la langue transporte le bol alimentaire par pression contre le palais de l’avant à l’arrière vers la gorge (pharynx). Dès que le bol alimentaire atteint l’arrière de la langue (environ à la hauteur des piliers du voile du palais/au fil des années entre la cavité buccale et l’épiglotte) se déclenche alors la phase suivante. 


la phase pharyngée
la phase pharyngée

La phase pharyngée est principalement réflexe. Mis à part une grande quantité d’activités motrices, le déroulement de la déglutition est modulé par des réactions sensorielles permanentes.  C’est à dire que la programmation de la déglutition s’adapte aux facteurs externes tels que la grandeur ou la texture du bol alimentaire (liquide ou solide).

Le voile du palais se relève pour fermer les fosses nasales afin qu’aucune partie du bol alimentaire n’arrive dans le nez. Le bol alimentaire progresse par le pharynx vers le bas, vers l’œsophage. Il faut également éviter qu’une partie du bol alimentaire pénètre les voies aériennes. Ceci se résulte par une élevation du larynx, par un abaissement de l’épiglotte sur l’entrée du larynx et par une fermeture des bandes ventriculaires et des cordes vocales. De ce fait, la respiration est interrompue pendant environ une seconde. En même temps, l’entrée de l’œsophage s’ouvre.


la phase œsophagienne
la phase œsophagienne

Dans la quatrième phase de la déglutition, la phase œsophagienne, le bol alimentaire progresse dans l’œsophage jusqu’à l’estomac par ondes péristaltiques. Aussi bien qu’à l’extrémité supérieure ainsi qu’inférieure de l’œsophage, le sphincter s’ouvre à temps et permet ainsi le passage du bol alimentaire. Le transport du bol alimentaire à travers l’œsophage se déroule par réflexe et dure, suivant la texture du bol alimentaire et en fonction de l’âge de la personne, entre 2 et 20 secondes.  


Signes d’une dysphagie

Les troubles de la déglutition ne sont pas toujours faciles à repérer. Ils peuvent survenir lentement ou très soudainement, suivant la maladie sous-jacente. Puisqu’une dysphagie méconnue peut entraîner des conséquences graves, un dépistage précoce est très important. Les experts font une distinction entre symptômes directs et indirects qui peuvent être observés lors de la déglutition ou au cours d’un repas.

Symptômes directs:

  • toux fréquente et raclements de gorge
  • changement de la voix dans le sens d’une voix «mouillée»
  • respiration plus difficile ou «gargouillante»
  • sensation d’aliments coincés dans la gorge / sensation d’avaler quelque chose de travers, dans le « mauvais trou »
  • baisse de l’apport d’oxygène et en conséquence coloration bleue des lèvres ou du visage

 

Les symptômes indirects sont entre autres:

  • augmentation de l’engorgement des voies respiratoires inférieures 
  • augmentation confuse de la température ou pointes de fièvre
  • bronchite ou pneumonie
  • perte de poids involontaire

Les causes d’une dysphagie

Nombreuses pathologies peuvent avoir comme conséquence une dysphagie. Une maladie neurologique en est la cause la plus fréquente. Une dysphagie peut apparaître tant par suite d’une apoplexie que d’un traumatisme cranio-cérébral. D’autres maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, la sclérose latérale amyotrophique (SLA)  ou tumeurs du cerveau entraînent le début insidieux d’un trouble de la déglutition. Une myasthénie grave, une méningite ou certaines maladies musculaires comme la polymyosite ou les dystrophies musculaires peuvent aussi mener à une dysphagie.

 

Mises à part les causes neurologiques, une intervention chirurgicale, spécialement au niveau du cou et de la vertèbre cervicale ou une tumeur dans le domaine de la bouche, du cou ou de la tête peuvent entraîner une dysphagie. Des changements au niveau de la colonne vertébrale ou de l’œsophage peuvent également déclencher un trouble de la déglutition.

Conséquences d’une dysphagie

Un trouble de la déglutition entraînent souvent les personnes touchées à une frustration ou à un isolement social. Ils souffrent, parce qu’ils ne peuvent plus manger leur nourriture préférée ou se gènent, par leur toux constante, de manger ou boire en societé. 

 

Une dysphagie peut aussi avoir des répercussions sensibles sur le plan physique. 

Des conséquences possibles sont:

  • Une dénutrition ou malnutrition, si la nutrition n’est plus suffisante ou peu équilibrée. La dénutrition, à son tour, peut influencer d’une manière négative le système immunitaire ainsi que la cicatrisation.
  • Une déshydratation, si le corps n’absorbe pas suffisamment de liquide, par exemple par crainte d’avaler de travers ou parce que boire nécessite trop de temps.
  • Aspiration/Fausses routes: lorsque la nourriture, le liquide ou la salive entrent dans les voies respiratoires inférieures. Cela peut conduire à une infection pulmonaire (pneumonie  d’aspiration) et ainsi à de graves risques pour la santé.

(*Source: www.dysphagie.ch)


IDDSI

International Dysphagia Diet Standardisation Initiative

 

Le projet pour une standardisation internationale des textures adaptées à la dysphagie (International Dysphagia Diet Standardisation Initiative : IDDSI) a été initié en 2013 ; son but est de développer une nouvelle terminologie, universelle et standardisée, ainsi que des définitions décrivant les aliments de texture modifiée et les liquides épaissis utilisés auprès de personnes dysphagiques de tous âges, dans tout type de structures de soins, et au sein de toutes les cultures.

Trois ans de travail continu mené par le comité de l’IDDSI ont abouti à un diagramme final des textures en dysphagie, composé d’un continuum de 8 niveaux (0 à 7). Ces niveaux sont identifiés par des numéros, des libellés et un code couleur.

NIVEAU 2 – LÉGÈREMENT ÉPAIS

Description / Caractéristiques

  • S’écoule d’une cuillère
  • Peut être bu, s’écoule rapidement d’une cuillère, mais plus lentement que les boissons liquides
  • Un effort est nécessaire pour le boire avec unepaille standard (environ 5 mm de diamètre)

Bases physiologiques justifiant le choix de ce niveau de viscosité

  • Si les liquides s’écoulent trop rapidement pour être contrôlés en toute sécurité, ces boissons légèrement épaisses s’écouleront un peu plus lentement
  • Peuvent être adaptés si le contrôle lingual est légèrement réduit

Test d’écoulement de l’IDDSI*

Le liquide-test s’écoule à travers une seringue de nutrition entérale de 10 ml en laissant un résidu de 4 à 8 ml après 10 secondes (voir instructions du Test d’écoulement de l’IDDSI*)

NIVEAU 3 – LIQUÉFIÉ MODÉRÉMENT ÉPAIS

Description / Caractéristiques

  • Ne conserve pas sa forme dans une cuillère
  • Peut être bu, s’écoule lentement d’une cuillère
  • Difficilement aspirable à travers une paille standard (env. 5 mm de diamètre) ou une paille plus large (env. 6 à 7 mm de diamètre)
  • Ne peut pas être passé dans une poche à douille pâtissière, étalé en couches ou moulé
  • Ne peut pas être mangé avec une fourchette car il coule entre les dents

Bases physiologiques justifiant le choix de ce niveau de viscosité

  • Si le contrôle lingual est insuffisant pour gérer les boissons légèrement épaisses (niveau 2), ce niveau modérément épais / liquéfié peut convenir
  • S’écoule lentement d’une cuillère ou d’un gobelet/tasse : plus facile à contrôler
  • Permet plus de temps pour le contrôle oral
  • Nécessite un certain effort de propulsion linguale

Test d’écoulement de l’IDDSI*

Le liquide-test s’écoule lentement à travers une seringue de nutrition entérale de 10 ml en laissant un résidu de plus de 8 ml après 10 secondes (voir instructions du Test d’écoulement de l’IDDSI*)

Test d’égouttement à la fourchette

  • S’écoule lentement entre les dents d’une fourchette
  • Les dents de la fourchette ne laissent pas de trace nette sur sa surface
  • Se répand s’il est renversé sur une surface plane

Test à la cuillère inclinée

S’écoule facilement de la cuillère lorsque celle-ci est inclinée ; n’adhère pas à la cuillère

Test aux baguettes

Les baguettes ne sont pas adaptées à cette texture

Test aux doigts

On ne peut pas tenir un échantillon de cette texture alimentaire entre les doigts ; elle glisse doucement et facilement en laissant une couche résiduelle.

Aliments précis ou autres exemples

Les éléments suivants peuvent entrer dans cette catégorie :

  • Premiers aliments pour nourrissons (crème de riz ou purée defruits fluide)
  • Sauces et coulis
  • Coulis de fruits

NIVEAU 4 – MIXÉ TRÈS ÉPAIS

Description / Caractéristiques

  • Habituellement mangé à la cuillère (possible à la fourchette)
  • Ne peut être bu au verre
  • Ne peut être bu à la paille
  • Conserve sa forme dans une cuillère
  • Bouge très lentement sous l’effet de la gravité mais ne peut être versé
  • Tombe en un bloc lorsqu’il est versé d’une cuillère, et conserve sa forme dans une assiette
  • Ne nécessite pas de mastication
  • Peut être passé dans une poche à douille pâtissière, étalé en couches ou moulé
  • Absence de grumeaux
  • N’est pas adhérent
  • Liquide et solide ne se séparent pas

Bases physiologiques justifiant le choix de ce niveau

  • Si le contrôle lingual est significativement réduit, ce type de boisson peut être contrôlé plus facilement
  • Nécessite moins de force de propulsion que les textures finement hachée et lubrifiée (Niveau 5), tendre (Niveau 6) et normale (Niveau 7), mais plus que les boissons modérément épaisses / textures liquéfiées (Niveau 3)
  • Ne nécessite pas d’être croqué ou mastiqué
  • Risque de résidus plus importants si la texture est trop adhérente
  • Tous les aliments qui nécessitent une mastication, une manipulation contrôlée ou la formation d’un bol alimentaire ne sont pas adaptés à cette catégorie
  • Approprié en cas de douleur à la mastication ou à la déglutition
  • Approprié en cas d’édentement, de prothèses dentaires

Test d’écoulement de l’IDDSI*

  • Après 10 secondes, aucun écoulement ni goutte à goutte à travers une seringue de nutrition entérale de 10 ml (voir instructions du Test d’écoulement de l’IDDSI*)
  • Un bloc entier doit tomber de la cuillère inclinée ou renversée ; une très légère secousse peut être nécessaire pour déloger l’échantillon de la cuillère, mais l’échantillon doit glisser facilement en laissant très peu de résidu sur la cuillère : l’échantillon ne doit pas être ferme et adhérent.

 

Test de pression à la fourchette

  • Les dents d’une fourchette laissent des marques nettes sur la surface, et/ou l’échantillon conserve l’empreinte de la fourchette
  • Se répand ou tombe très lentement s’il est renversé

Test d’égouttement à la fourchette

L’aliment tient en un bloc sur la fourchette ; une petite partie peut s’écouler et former une goutte sous les dents de la fourchette, mais ne coule pas ni ne s’égoutte en continu

Test à la cuillère inclinée

  • Suffisamment cohésif pour conserver sa forme dans la cuillère
  • Le bloc entier doit tomber de la cuillère inclinée ou renversée ; une très légère secousse peut être nécessaire pour déloger l’échantillon de la cuillère, mais il doit glisser facilement en laissant très peu de résidu sur la cuillère : l’échantillon ne doit pas être ferme et adhérent
  • Peut s’étaler légèrement ou s’affaisser très lentement sur une surface plane

Test aux baguettes

Les baguettes ne sont pas adaptées à cette texture

Test aux doigts

On peut tout juste tenir un échantillon de cette texture entre les doigts ; elle glisse doucement et facilement en laissant un résidu important

Signes que l’échantillon est trop épais :

  • Ne tombe pas de la cuillère quand elle est inclinée
  • Adhère à la cuillère

Aliments précis ou autres exemples

  • Les éléments suivants peuvent entrer dans cette catégorie :
  • Purées adaptées aux nourrissons (par ex. : viande mixée, céréales épaisses)

(*Source: http://iddsi.org/)